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Le récent courrier du DGESCO insistant sur la nécessité de normer les formations en français et en mathématiques, à l'école élémentaire et au collège, nous amènent à nous interroger et à écrire au ministre pour lui dire notre trouble.

Formation continue des enseignants, le SI.EN UNSA écrit au ministre de l'Education nationale

Monsieur le Ministre,

L’école de la confiance ne peut être celle du contrôle tatillon et normatif.

Cette année scolaire a été extrêmement riche en perspectives et le Grenelle en aura été la manifestation la plus évidente.
Il s’en dégage une vision engageante, mobilisante, des évolutions de notre système éducatif, vision à laquelle nous adhérons quand il s’agit d’évoquer “la flexibilité, de libérer les initiatives, d’améliorer la confiance en soi des professeurs des écoles, d’arrêter avec la tyrannie des programmes, de développer une vision collective dans les écoles” (propos lors de la restitution des conclusions du Grenelle du 26 mai 2021) ou encore lorsqu’il est question de “donner le pouvoir d’agir aux équipes éducatives de nos écoles grâce à une direction d’école consolidée" (engagement 7). Du reste, le chapitre 4 de votre circulaire de rentrée renforce ce positionnement ouvert par son titre : “L’école, un lieu fondé sur un collectif soudé.”

Comment ne pas y voir votre volonté de fonder le développement professionnel des équipes sur la collaboration entre enseignants ? La congruence avec les leviers identifiés par le CNESCO apparaît également forte.

Pourtant, la lecture de votre courrier aux Recteurs et aux IA-DASEN daté du 2 juillet 2021, transmis aux IEN, et concernant la consolidation des plans français et mathématiques ne manque pas de nous interroger. Celui-ci nous apparaît en contradiction avec la volonté affichée de fonder le développement professionnel sur la coopération entre enseignants en les reconnaissant de fait pleinement professionnels, experts et compétents.

En effet, c’est bien le sentiment de verticalité, voire de caporalisme qui se dégage de ce courrier. Il place en effet les objectifs quantitatifs avant tout, au détriment des contenus et des modalités de formation que vous souhaitez, comme nous, réformer.

À l’heure où vous renforcez l’autonomie des directeurs d’école, notamment pour le pilotage des 108 heures, vous placez les IEN face à une injonction paradoxale : s’inscrire dans le cadre rigide fixé par la DGESCO et l’inspection générale ou favoriser l’autonomie des directeurs et renforcer les dynamiques collectives locales. Des formes ouvertes et participatives qui ont montré leur efficacité, comme les Communautés d’Apprentissage Professionnelles, par ailleurs préconisées par le CNESCO, seraient pourtant plus adaptées pour répondre aux enjeux énoncés précédemment.

Il nous semble ici important de rappeler quelques éléments issus du rapport du CNESCO (Lessard, C. (2021). Évaluation des effets du développement professionnel des acteurs de l’éducation. Paris : Cnesco) :
“L’importance de la motivation des enseignants à participer volontairement au développement professionnel (DP). Selon elle, les responsables du DP font face au même problème que les enseignants à l’égard de leurs élèves : se présenter en classe est une obligation pour les élèves, mais l’apprentissage ne peut être forcé. Il en est de même pour le DP : son caractère obligatoire n’en garantit pas l’efficacité.

Au contraire, il pourrait être responsable de certains effets négatifs (rejets, résistance de la part des enseignants), alors que son caractère volontaire en accroît significativement l’efficacité, suivant les résultats d’une quinzaine d’études.”

Le rapport indique dans sa conclusion :
“Différentes sensibilités épistémologiques et pratiques traversent les écrits recensés. En gros, on a l’impression que d’un côté, on valorise un DP fondé sur le modèle du praticien réflexif, centré sur le savoir analyser sa pratique et le savoir diagnostiquer les besoins d’apprentissage des élèves avec une bonne théorie et en dialogue avec ses collègues, et de l’autre, un modèle dit efficace, reposant sur le coaching en classe de pratiques dites efficaces et plus ou moins imposées par la hiérarchie administrative, soutenue par des experts externes. Comme si professionnalisation de l’enseignement et efficacité du DP s’opposaient. Peut-on envisager comme nécessaire le couplage entre ces deux visions ? Quels en seraient les paramètres et les conditions ? Y a-t-il des systèmes qui réalisent mieux que d’autres ce nécessaire couplage ?”

Il nous semble que si nous devons faire évoluer les formats de la formation continue des enseignants, celle-ci doit :
• reposer sur l’analyse des besoins de formation exprimés au sein des écoles dans un véritable dialogue entre l’équipe de circonscription et les directeurs (cf. votre 2e axe de transformation, énoncé lors des conclusions du Grenelle, le 26 mai) ;
• être courageuse et honnête en s’attachant à regarder ce que font les enseignants, le travail réel et non l’idéalisé, fantasmé par les cadres. Afficher et ré-pondre à une injonction hors sol nous donnerait bonne conscience sans pour au-tant réussir à améliorer en profondeur le système éducatif (cf. votre 3e axe de transformation).

Nous sommes d’accord avec vous. Il faut transformer notre système éducatif en aidant les enseignants à accroître leur pouvoir d’agir. Les conditions de mise en œuvre d’un véritable développement professionnel ancré aux besoins des élèves comme à ceux des équipes nous permettront d’y parvenir.

Le Grenelle, l’autonomie renforcée des directeurs, le processus d’évaluation d’école, le corps unique des inspecteurs... nous pensons que ce qui est entrepris va vers un écosystème éducatif au service des enjeux du XXIe siècle.

Nous savons tous que le temps de la réforme n’est pas celui de la communication. Mais, avancer à marche forcée, en affirmant un caractère obligatoire, en contradiction avec les textes réglementaires et les conclusions des concertations, serait au mieux contre-productif, au pire réactionnaire pour la mise en œuvre des transformations souhaitables de notre système éducatif, transformations pour lesquelles la forme compte autant que le fond.

Le risque de crispation des acteurs est fort, tout comme celui de l’affichage mensonger par l’encadrement. Pour transformer l'École, nous refusons de nous inscrire dans des logiques comptables et bureaucratiques qui ne font pas sens dans l’action que nous menons sur nos territoires.

Faites-nous confiance ! Faites-vous confiance ! Construisons ensemble l’adhésion, par le respect des professions, des missions, des réalités de terrain, nécessairement variables.

 

Consulter la lettre du DGESCO

Une autre lettre du DGESCO... assez différente !

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