Tableau de bord, diagnostic de circonscription, lettre de mission, projet de circonscription, et pour les plus chanceux d’entre nous : contrat d’objectif de circonscription et rapport d’activité dans lequel on ne manquera pas de souligner, comme activités justement, la mise au point du tableau de bord, du diagnostic de circonscription… etc


Ainsi une part de plus en plus conséquente de notre temps est consacrée à la mise au pont de documents statistiques et d’outils en tous genres censés afficher la déclinaison des objectifs nationaux et académiques. Les entretiens individuels, deux ou trois dans l’année pour les plus chanceux d’entre nous, (parfois les mêmes !), avec les Inspecteurs d’Académie, sont censés attester de notre implication sans faille. Qui en douterait ?


L’esprit « lolfien » souffle ainsi sur les circonscriptions et les IEN du premier degré. Il nous revient pourtant qu’il y a à peine une petite dizaine d’années, lorsque nous nous risquions à mettre au point un projet de circonscription, sans texte règlementaire et sans impulsion nationale, nous rencontrions un silence poli ou bienveillant de nos supérieurs hiérarchiques, des réserves de la part de certains collègues qui trouvaient que nous étions un peu trop tayloristes ou stakhanovistes, selon les versions. Pour autant, nous répondions que cela permettait de prioriser notre action sur le terrain, face à la sempiternelle « accumulationdestâches » et d’y voir un peu plus clair dans les indicateurs de réussite scolaire, malgré parfois la difficulté à trouver précisément des indicateurs stables et fiables.


Aujourd’hui, nous tentons de naviguer, pardons piloter, sur la vague d’un véritable tsunami !


Que s’est-il donc passé dans notre grande maison ? D’aucuns y voient la transposition des méthodes du privé, d’autres la possibilité pour les IA/DSDEN de « resserrer » les liens avec les IEN, ce n’est pas incompatible…


Tout cela est-il pour autant efficace ? Il est permis d’en douter au vu des résultats du premier degré qui nous sont renvoyés régulièrement en boomerang ?


Evaluations nationales ? La comparaison, certes encore relative, des résultats aux évaluations de CM2 ne montre pas, c’est le moins que l’on puisse dire, d’infléchissement significatif malgré les injonctions de tous ordres et la mise en œuvre de l’aide personnalisée. Au fait, où est le bilan annuel de ce dispositif ?


Retard scolaire ? Limitation du redoublement ? Qui ne se souvient de ce débat au moment de l’élaboration de la Loi d’Orientation de 2005 qui, loin de restreindre les possibilités, les élargissait à tous les niveaux de la scolarité du primaire. Depuis, il est vrai, la mise à jour du coût global de ces décisions a largement contribué à finir de convaincre nos gouvernants de l’inefficacité de cette réponse « pédagogique ».


Alors, quelles sont les pistes possibles ?  Une fois encore, reprenons les conclusions du rapport Moisan-Simon sur l’éducation prioritaire :
- Le besoin d’un pilotage fort : que fait-on actuellement pour valoriser la fonction de Directeur d’école ? Si les EPEP se mettent en place, comment sera précisément pensée cette question et le lien avec des IEN dont la mission évoluera nécessairement ?
- Travail d’équipe : Au chapitre de la circulaire de rentrée « responsabiliser les équipes et les élèves à tous les niveaux », il n’est fait allusion que très marginalement à ce levier pourtant essentiel que constitue le projet d’école. Comment peut-on expérimenter, innover, se responsabiliser sans un cadre collectif cohérent et actualisé ?
- Stabilité des équipes : qui ne voit par exemple les difficultés administratives que nous connaissons pour affecter des enseignants en complément de service, et désireux d’être maintenus sur leur école ? Il ne s’agit là bien sûr que d’un exemple parmi d’autres.

En clair, sans jeu de mots, comment pourrons-nous favoriser ces leviers si nous passons notre temps derrière un écran à rechercher des indicateurs comme l’enseignant qui ne ferait qu’observer ses élèves au détriment de l’acte d’enseignement?


Evaluer les écoles ? Il y a là une indéniable piste pour mieux orienter et renforcer l’analyse de pratique, le travail d’équipe, les continuités avec le collège dans le cadre du socle commun. Encore faudrait-il avoir le temps de s’y consacrer de manière plus significative.
Il y a plusieurs années, sans verser dans la nostalgie, j’avais écrit un article pour le bulletin syndical qui s’intitulait : les circonscriptions : ni baronnies, ni vassalités.


Les baronnies ont fait long feu et il est permis de s’en réjouir. Les vassalités ? J’en suis moins sûr. Aujourd’hui, on pourrait écrire : les IEN, ni contremaîtres, ni super-directeurs.


Des personnels d’encadrement ? Chiche !

Bernard Achddou
Membre du Bureau National
du SI-EN UNSA

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