Le chant du départ
Certes le départ en retraite n’est pas chose facile. Mais plus qu’un passage vers un futur aussi incertain qu’inconnu cela devient rapidement un état, une situation qu’il nous faut gérer avec prudence voire avec circonspection.
D’autant que les dernières encablures avant la fin peuvent déclencher une griserie agréable mais quelque peu hallucinogène comme l’impression tout à coup de maîtriser enfin un métier difficilement maîtrisable ou bien d’accéder à une excellence souvent illusoire.
Et même si la « cessation d’activité » s’agrémente de manifestations très sympathiques, les rituels immuables qui accompagnent la fin d’une carrière s’apparentent parfois à des cérémonies un tantinet funèbres.
Paroles des uns, discours des autres y compris d’une hiérarchie soudain bienveillante qui oublie brusquement les joutes et tensions qui ont entouré durant de longues années le quotidien d’un responsable syndical, les crocs en jambes ou les pitoyables sournoiseries distillées au fil du temps.
Vous partez, tout le monde se réjouit, mais rassurez-vous on est tout de même très tristes ... enfin ... jusqu’à demain potron-minet, ne rêvons pas trop camarades !
Et nous voilà précipités dans l’anonymat, l’ombre épaisse, et ... l’oubli, passant d’une suractivité infernale (dénoncée par tous les collègues IEN en exercice) à ce qui pourrait ressembler à un vide sidéral.
Le fringuant inspecteur stoppe subitement son marathon infernal pour enfiler ses bonnes vieilles charentaises qui attendaient sagement au coin de la cheminée.
Quitté en plein mois de juillet dans son costume gris, cravate-chemise ton sur ton, on retrouve notre collègue début septembre en jogging relâché avec une barbe déjà bien fournie, l’air lointain et déconnecté.
« J’ai tout oublié, dit-il, j’ai tourné la page ... tout cela est déjà bien loin ... ».
Eh oui, il s’éloigne notre ami, notre camarade, on le croisera une fois encore dans les brumes de la Toussaint, il nous dira : « je n’ai plus de nouvelles de personne, c’est un peu dur, c’est un peu triste... on est peu de chose... » avant de disparaître au coin d’une rue.
 
Le chant des partisans
Comme beaucoup d’autres, notre syndicat s’inquiète de la disparition souvent massive de ses adhérents au moment du départ en retraite. En effet cette érosion brutale appelle quelques réflexions qu’il nous faut analyser.
Ne sommes-nous qu’un syndicat d’ « actifs » par trop corporatiste défendant essentiellement les droits des collègues en exercice, les déroulements de carrière, les mutations et promotions diverses ?
Considérons-nous que le statut de retraité dans toutes ces composantes ne nécessite pas une vigilance, une défense des acquis surtout en ces temps de crise économique ?
Et pourtant nos collègues de l’UNSA-retraités et de la FGR-FP nous rapportent régulièrement leurs chantiers et travaux, assortis de leurs doutes et leurs craintes. Nous sommes en France 15 millions de plus de 60 ans, ce qui peut constituer une force potentielle considérable surtout si nous maintenons une proportion de syndiqués fédérés autour des grandes valeurs et principes qui devraient perdurer bien au-delà de la cessation d’activité.
« Ni assistés, ni privilégiés » écrivent nos représentants et surtout des citoyens à part entière qui participent à la vie quotidienne de la société.
Mais alors pourquoi rayer d’un trait de plume un engagement syndical qui a souvent accompagné toute une carrière ?
Notons également que ce renoncement va souvent de pair avec un désintérêt subit pour un métier qui a rempli, parfois excessivement même, notre vie d’actif.
Inquiétant non ? Tout à coup la réussite de tous les élèves, l’efficacité de notre système éducatif, l’adéquation enseignement-formation-orientation professionnelle nous laisseraient totalement indifférents ?
Sommes-nous programmés comme des appareils ménagers ou des objets technologiques qui seraient obsolètes au bout des annuités réglementaires ?
Sans prétention ni arrogance inutiles et déplacées, ne sommes-nous pas porteurs de compétences, d’expérience et d’un peu de recul qui nous permettraient de poursuivre notre engagement syndical afin de continuer les luttes et combats dont on ne peut pas faire l’économie dans le monde d’aujourd’hui mais aussi en apportant à nos collègues plus jeunes un regard et une distance pouvant les aider à tracer leur chemin ?
Alors, vieux syndiqués, jeunes retraités, restons actifs !
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