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Le ministre de l’Education nationale affiche son intention de mettre en œuvre aussi rapidement que possible une partie des orientations du rapport de synthèse de la Conférence nationale sur les rythmes scolaires et aussitôt chacun de s’émouvoir…
Le parti du président sortant parle du « traumatisme » que créerait cette initiative chez les parents. Quel dommage que pendant cinq longues années les leaders dudit parti n’aient eu le courage de dénoncer le traumatisme subi par tous ceux qui ont eu à supporter le mépris absolu du ministère en place au motif qu’ils refusaient d’adhérer à l’ultralibéralisme érigé en pensée d’Etat.
Et d’aucuns de gloser sur la « maladresse » de Vincent Peillon, ou sur celle de Jean-Marc Ayrault qui aurait « recadré » son ministre trop pressé, si ce n’est trop bavard. Soyons sérieux ! La question de la réussite des élèves, qui est bien sûr étroitement corrélée à celle des rythmes scolaires, mérite autre chose que ces querelles d’ego mises en exergue si ce n’est fantasmées par quelques chroniqueurs plus préoccupés de peopleade que de débat sociétal, ou par quelques politiciens déjà revanchards alors qu’ils viennent tout juste de perdre le pouvoir et qu’ils n’ont pas encore échoué aux législatives (qu’est-ce que ce serait après ?!).
Arrêtons donc les mauvais procès :
- nul doute que la nécessaire remise en cause de la semaine de quatre jours dans le premier degré fera l’objet de réflexions et d’ajustements qui seront l’occasion d’échanges entre le ministère et l’ensemble des partenaires concernés par cette question ;
- nul doute que les évolutions qui interviendront introduiront de nouvelles contraintes, lesquelles seront acceptées par tous si elles vont dans le sens de l’intérêt des élèves ;
- nul doute que des arbitrages devront être rendus et qu’ils impliqueront inévitablement le plus haut niveau du gouvernement, ne serait-ce que par la dimension interministérielle du dossier.
Arrêtons aussi les pertes de temps : les débats et les discussions ont eu lieu, les avis d’experts ont été rendus. Relancer aujourd’hui une énième consultation ne pourrait qu’introduire davantage de confusion, or le constat que mènent les inspecteurs sur le terrain nous permet d’affirmer que la semaine de quatre jours présente d’évidentes difficultés.
Certes, il est des élèves pour lesquels cette organisation ne semble nullement néfaste, mais force est de constater qu’il en est d’autres pour lesquels elle constitue réellement un frein pour les apprentissages.
Nous faisons aussi le constat permanent des problèmes que rencontrent les enseignants pour mettre en œuvre la totalité des programmes. Le fait de compacter le temps de travail sur quatre jours a aussi eu des incidences néfastes sur l’organisation des emplois du temps.
Le vrai débat doit donc se situer aujourd’hui dans la recherche des meilleures modalités possibles pour aider tous les élèves à tirer le plus grand profit de l’enseignement dispensé à l’école. Il est clair que les conditions matérielles sont variables d’un territoire à l’autre et qu’elles impacteront forcément les choix arrêtés in fine au niveau local. Les contraintes de gestion des locaux et des transports, la prise en compte du hors-temps scolaire et des actions éducatives qui peuvent y être proposées, constituent autant de redoutables obstacles qu’il faudra franchir.
Il faut encore réaffirmer deux points essentiels :
- la question des rythmes scolaires ne peut se limiter à l’organisation de la semaine ; elle nécessitera de se pencher sur la journée elle-même, mais aussi sur la gestion des projets éducatifs inscrits dans la durée ;
- l’objectif final d’une meilleure réussite pour tous les élèves imposera d’étendre la réflexion sur les modalités d’enseignement proposées et sur leur impact sur la construction des connaissances et des compétences par les élèves.
En ce domaine comme dans celui des rythmes scolaires, de nombreux experts se sont prononcés et ont a minima tracé des pistes qui sont loin à ce jour d’avoir été suffisamment explorées.
Si les français ont majoritairement choisi le changement, il serait absurde aujourd’hui de traîner des pieds quand notre ministre nous propose d’avancer. C’est au contraire à grands pas que nous devons progresser, ce qui, s’il faut en croire Rousseau, ne saurait nuire à la réflexion puisque la marche « met l’esprit en mouvement » ! |